Freelance ou solopreneur : peut-on vraiment entreprendre sans souffrance ?
Alors, on nous bassine avec le "no pain, no gain". On nous vend du rêve sur Instagram : le digital nomade qui poste ses stories depuis sa villa à Bali. Mais en réalité, nous, en tant qu'entrepreneurs, on enchaîne plutôt les nuits sans sommeil et les crises d'angoisse. Qui ment ? Les influenceurs qui prétendent gagner des millions en buvant des cocktails ou les entrepreneurs qui dorment 4 heures par nuit en prétendant bosser 24h/24 et 7j/7 ?
J'ai creusé cette question avec trois solopreneurs à six chiffres dans mon dernier épisode de Solo Nation :
▪️ Adrien Tornier : un pâtissier devenu entrepreneur, qui se levait à 3h du mat' pour bosser et qui a démarré à 11/10 sur l’échelle de la souffrance ;
▪️ Emmanuelle Patry : fondatrice du programme Social Media Expert et qui vient d'expérimenter un mois entier en mode slowpreneuriat ;
▪️ Et Aline Bartoli (aka TheBBoost) : notre coach business nationale préférée (passionnée, mais un peu maso).
Allez zou, c'est parti pour le décryptage !
La souffrance, cette addiction de l'entrepreneur
Le syndrome du "il faut souffrir pour réussir"
Première question que je leur ai posée : "Notez votre degré de souffrance entrepreneuriale sur 10." Les réponses ? Du 4 au 8 sur 10. Mais le plus troublant ? Certains adorent ça. Comme me l'a confié Aline : "Ça fluctue beaucoup, mais je dirais en ce moment entre 7 et 8 sur 10. Mais curieusement, j'adore ça." Cette fascination pour la souffrance n'est pas anodine. Elle vient de plusieurs sources :
1. L'héritage de notre éducation : Emmanuelle, issue des classes préparatoires, l'explique parfaitement : "Je viens d'un univers classe préparatoire, grande école, etc. Donc ça fait vraiment partie du truc. Donc moi j'ai vraiment été drainée, biberonnée là-dedans."
2. La glorification du parcours du héros : Aline pointe un phénomène intéressant : "On a aussi une glorification un petit peu du parcours du héros, où on veut une histoire où il y a eu des difficultés, des challenges, parce qu'en fait c'est comme ça qu'on peut s'identifier."
3. Le besoin de légitimité : Moi, j'ai longtemps eu ce syndrome. J'ai eu une enfance heureuse, j'ai toujours kiffé mes jobs, et j'ai l'impression que "c'est presque pas trop autorisé de dire que tu as le droit de kiffer et en même temps de gagner de l'argent."
Hustle Culture vs Lifestyle Business : le grand débat
Les figures emblématiques qui nous influencent
Dans l'écosystème entrepreneurial, deux écoles s'affrontent :
La team "Hustle Culture" :
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Gary Vaynerchuk et son "work your face off"
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Alex et Leila Hormozy avec leur "fuck your mood, follow the plan"
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La culture du non-stop, de l'optimisation permanente
Et la team "Lifestyle Business" :
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Ariana Huffington et sa "Sleep Revolution"
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Tim Ferriss et sa semaine de 4 heures
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Les fondateurs de Basecamp et leur anti-management
La réalité du terrain
Mes invités se sont tous positionnés côté hustle, mais avec nuance.
Adrien, lui, relativise par rapport à son passé : "Quand tu as été salarié de la restauration, que t'as pas été bien payé, pas eu de reconnaissance, que c'était compliqué... Justement, quand t'arrives à t'en sortir, je trouve que ça donne envie de tout donner."
Le syndrome du cheval à bascule : quand la souffrance devient inutile
Agitation vs productivité
Justin Welsh parle du "Rocking Horse Syndrome" : tu travailles toute la journée, mais tu fais quoi ? Tu peaufines ton logo, tu lis des livres business, tu testes mille outils... au lieu de faire des choses qui génèrent du revenu. Aline de TheBBoost l'observe chez ses clients : "Je vois beaucoup de personnes qui brassent de la poussière, soit parce qu'il y a des croyances, soit c'est parce qu'il y a de la procrastination sur j'aime pas me vendre, j'aime pas prospecter."
Comment éviter ce piège ?
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Focus sur les activités génératrices de revenus : prospection, vente, delivery
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Mesurer les inputs vs outputs : si tu contactes 100 prospects pour 0 client, le problème n'est pas dans ton logo
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Accepter l'imperfection : ton site n'a pas besoin d'être parfait pour vendre
Les bonnes et mauvaises souffrances
Les souffrances acceptables
Certaines souffrances sont des signaux positifs de croissance :
✅ Sortir de sa zone de confort : Aline le résume bien : "Je pense que toute croissance et toute évolution passe forcément par une zone d'inconfort."
✅ La discipline quotidienne : Adrien se lève à 5h pour aller à la salle : "Tu fais la chose qui te demande le plus d'énergie le matin et après tu es bien efficace."
✅ Les phases de lancement intensives : Emmanuelle l'assume : "Ne plus avoir de vie sociale pendant un lancement" peut être acceptable temporairement.
Les souffrances toxiques
❌ L'épuisement chronique : Travailler 12h d'affilée systématiquement n'est pas viable.
❌ Sacrifier sa santé : Dormir 4h par nuit sur le long terme détruit ta productivité.
❌ L'isolement total : Couper tous liens sociaux et familiaux mène au burnout.
Le concept de la tartine de merde 💩
Aline nous a partagé un concept puissant d'Elizabeth Gilbert : "Quels que soient les choix qu'on fait dans la vie, ils sont accompagnés d'une tartine de merde que tu es censé manger. En gros, c'est le revers de la médaille." L'idée ? Choisir consciemment sa souffrance.
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Freelance = liberté mais instabilité financière
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Salarié = sécurité mais contraintes hiérarchiques
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Solopreneur scalé = revenus passifs mais complexité managériale
Mes conseils pour entreprendre avec moins de souffrance
1. Définis tes 3 objectifs quotidiens
Depuis que j'ai recommencé cette pratique, je travaille beaucoup mais de façon plus efficace. Chaque matin, je me force à noter mes 3 priorités du jour.
2. Intègre du plaisir dans ton agenda
Le conseil d'Emmanuelle est génial : "Mettre dans son agenda les choses agréables d'une couleur et d'essayer d'avoir le maximum de couleurs agréables dans son agenda chaque semaine."
3. Accepte les paliers
Tu n'es pas obligé d'être en mode sprint permanent. Après une phase intense, tu as le droit de souffler.
4. Trouve ton sport "détox"
Pour moi, c'est le surf. Un sport tellement difficile que tout le reste paraît facile à côté. Trouve ton équivalent.
5. Utilise la matrice d'Aline
"Je réfléchis beaucoup avec la matrice plaisir, temps et argent. Je suis OK d'en sacrifier un des trois, mais quand il y en a plus qu'un des trois qui passe à la trappe, c'est un signe qu'il faut arrêter."
Le lifestyle business : mythe ou réalité ?
Les limites du "bureau à Bali"
Adrien a testé le nomadisme digital : "Quand je travaille à Paris, donc chez moi, en une semaine, je fais le travail que je faisais en un mois quand je voyageais."
Une approche plus nuancée
Le lifestyle business, ce n'est pas forcément Bali et les cocktails. C'est :
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Choisir son lieu de vie (moi à Nantes, les filles sur la Côte d'Azur)
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Pouvoir partir 3 jours en vélo-trip sur un coup de tête
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Décider de ses horaires et vacances
Comme le dit Aline : "Quand on veut juste se construire le lifestyle de nos rêves et qu'on crée un business autour de ça, c'est complètement possible. Il y a plein d'exemples qui nous montrent que c'est faisable, mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut scaler."
Quand persévérer, quand pivoter ?
Les signaux d'alarme
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Temporel : Si ça fait 2-3 ans sans résultats significatifs
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Émotionnel : Quand 2 des 3 feux (plaisir, temps, argent) sont au rouge
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Métrique : Quand tes actions n'ont aucun impact mesurable
Les bonnes raisons de continuer
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Tu vois des signaux faibles positifs
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Tu n'as pas testé avec suffisamment d'intensité
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Le marché évolue en ta faveur
Ma vision : l'entrepreneuriat raisonné
Après 5 ans de podcast et d'accompagnement de solopreneurs, voici ma conviction : on peut entreprendre avec moins de souffrance, mais pas sans effort. La clé ? Choisir consciemment :
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Tes batailles (où tu acceptes de souffrir)
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Tes limites (ce que tu refuses de sacrifier)
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Ton rythme (sprint vs marathon)
Comme nous l'a dit Aline : "Il faut choisir ta tartine de merde." Alors, quelle est la tienne ?
Pour aller plus loin :
➡️ Écoute l’épisode complet sur Solo Nation avec Adrien Tornier, Aline Bartoli (The BBoost) et Emmanuelle Patry :
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👋 Moi, c'est Flavie Prévot.
Si tu me découvres avec cet article, je suis une ex-dirigeante devenue solopreneure et j'ai créé Le Board, le podcast N°1 des solopreneurs en France, écouté par +500.000 indépendants. J'ai fondé le premier incubateur pour solopreneurs de France, pour aider les freelances à sortir de la vente du temps en devenant des solopreneurs sereins, qui génèrent des revenus réguliers et confortables.
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